
Le pitch : Dans Dune : Deuxième Partie, Paul Atreides s’unit à Chani et aux Fremen pour mener la révolte contre ceux qui ont anéanti sa famille. Hanté par de sombres prémonitions, il se trouve confronté au plus grand des dilemmes : choisir entre l’amour de sa vie et le destin de l’univers.
Initialement prévu pour fin 2023, la suite tant attendue de Dune est enfin arrivée en salles, précédée d’un sacré battage médiatique. En effet, si les acteurs n’ont fait aucun plateau ni interview durant la grève des scénaristes, toutes les communications papier ou vidéos pré-enregistrées n’ont pas pu être annulées et sont sorties dès fin 2023, ce qui ce qui explique cette publicité qui a duré des mois, donnant l’impression que le film avait été validé avant même sa sortie (ce qui est un peu le cas aussi). Mais bon on ne va pas chipoter, car nombreux sont les blockbusters qui font campagne des mois, voir un an à l’avance et, de plus, lorsque que la grève terminée, nous avons été béni par des red carpets incroyables où notamment l’actrice Zendaya apparaissait à chaque fois avec des tenues spectaculaires. Mais bon… je m’éloigne du sujet.

Denis Villeneuve est donc de retour avec Dune : Deuxième Partie, une suite quasiment adoubée par les fans bien avant la sortie du film. Alors que le premier film m’avait séduite par son interprétation unique et son esthétique visuelle soignée, mes impressions sur cette nouvelle itération du livre de Frank Herbert se sont façonnées à travers une lentille de curiosité et d’anticipation. Cependant, alors que j’attendais un film complet, le premier Dune s’est révélé n’être qu’une première partie, ce qui m’a donné l’impression d’être flouée sur la marchandise. Le film semblait déjà viser un public déjà averti, laissant sur le carreau ceux qui découvriront Dune avec ces films. Mais ce que je reproche le plus au cinéma SF de Denis Villeneuve, c’est le manque d’émotion et d’attachement autour de ses personnages, me faisant presque regretter la vision excentrique et kitch de la version de David Lynch.

Comme prévu, Denis Villeneuve livre un second film dans la même veine que le premier opus, répétant donc ses points forts et ses bémols. Dune : Deuxième Partie suit scrupuleusement la définition classique du film en tant qu’objet, avec un enchaînement méthodique de scènes et de personnages pour tisser une histoire complexe. Je trouve, encore une fois, que le film s’observe plus qu’il ne se savoure. Et pour cause, Dune : Deuxième Partie est baigné dans une esthétique absolument incroyable où les métiers de l’ombre livre une fresque superbe oscillant entre les tons brûlants des Fremens et la froideur stérile des ennemis. Les métiers de la photographie, des décors, des VFX et des costumes sont à l’honneur, faisant de Dune : Deuxième Partie une épopée visuelle mémorable et superbe. En parallèle, le travail du son et surtout la bande-originale du film, signée Hans Zimmer (duh !), complètent une expérience souvent hors du commun, avec probablement l’intention sous-jacente de maintenir éveiller (ou de réveiller) les spectateurs somnolents au fond de la salle. Et j’en faisais partie.

Mais alors un film aussi beau, à l’apparence aussi parfaite, pourquoi je n’ai pas accroché ? C’est l’effet kiss-cool de la science-fiction signé Denis Villeneuve. Après Premier Contact, Blade Runner 2048 et le premier volet de Dune, le réalisateur a prouvé qu’il pouvait réaliser des objets filmiques ultra-léchés – défaut de proposer des concepts originaux – faisant de lui le nouvel espoir du cinéma SF épuré et stylisé. Et artificiel.
En effet, malgré une démonstration technique remarquable, l’absence d’émotion se fait cruellement ressentir tout au long du film. Au-delà de sa poignée de personnages principaux, Dune : Deuxième Partie est habité par une foultitude de figurants et de personnages secondaires dont le but est de donner vie et corps à ces sociétés du futur. Cependant, le film ne parvient jamais à nous immerger dans ses différents univers et privilégie évidemment le monde des Fremens, transformant au passage les méchants du film, les Harkonnens, en gimmicks accessoires servant à donner une raison d’être à tous ce bavardage.

Difficile de s’y attacher en réalité, car Dune : Deuxième Partie, dans son ensemble, finit par mettre de coté l’intrigue centrée sur la fameuse épice pour ne finalement être qu’une simple guerre de pouvoir et de territoire (j’ai souvent pensé à Game of Thrones, avec moins d’enjeux). Malgré ses apparences hyper stylisées, Dune : Deuxième Partie est affaibli par des ressorts ultra-scolaires, dont notamment un montage trop expéditif qui nous embarque d’une scène à l’autre, avec des temps de répit bien trop courts pour prendre le temps de s’installer. Résultat, seul les codes couleurs des univers du film permettent de s’y retrouver, contrairement au premier volet qui avait su installer les enjeux de manière plus efficace.

Globalement, en dehors de son esthétique, Dune : Deuxième Partie n’a rien de vraiment original en tant qu’objet de cinéma. Le partie pris de l’œuvre met en avant le parcours initiatique de son héros mais ne laisse aucun suspens quant à l’issue de cette histoire. Du coup, si vous n’êtes pas immédiatement émerveillé par les qualités visuelles du film, vous risquez de passer un très très long moment à revisiter les choix personnels qui vous ont mené jusqu’à cette séance. Heureusement, Denis Villeneuve pourra compter sur les fans de Dune de la première heure, tellement ravis de voir cette œuvre littéraire adaptée au cinéma qu’ils pourraient bien tout accepter tant qu’elle survit au temps qui passe. Hier, c’était la kitscherie nébuleuse de David Lynch, aujourd’hui les tableaux contemplatifs et les démonstrations de style de Denis Villeneuve, qui tient à tout pris à montrer ce qu’il sait faire… Et demain, une série télé ou une comédie musicale ? Tout est possible puisque Dune ne semble pouvoir faire aucun faux pas aux yeux d’un fandom bien trop excité. D’ailleurs, un troisième volet est déjà en discussion…

Au casting : Timothée Chalamet (Wonka, Bones and All, The French Dispatch…) reprend son rôle de Paul Atreides dans une dimension cette fois plus active et fédératrice, tout comme le personnage de Zendaya (Euphoria, Spider-Man : No Way Home, The Greatest Showman…) qui n’est plus qu’un simple rêve impalpable. Autour d’eux, Rebecca Ferguson (Silo, Mission Impossible : Dead Reckoning, Doctor Sleep…) est superbe dans un personnage énigmatique que les costumes vont rendre encore plus captivants.
À l’affiche également, Josh Brolin (Flag Day, Sicario : La Guerre des Cartels…), Dave Bautista (Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3, Knock At The Cabin…), Charlotte Rampling (Tout S’est Bien Passé, Benedetta…) et Stellan Skarsgård (Andor, Thor : Love and Thunder…) sont de retour. Coté petits nouveaux, on découvre, en vrac, Javier Bardem (La Petite Sirène, Being The Ricardos…), Austin Butler (Elvis, The Dead Don’t Die…) – qui emprunte son look aux War boys de Mad Max Fury Road, Florence Pugh (Oppenheimer, Don’t Worry Darling…), Christopher Walken (Severance, Percy…) – qui fait acte de présence, Souheila Yacoub (En Corps, Climax…), Léa Seydoux (Les Crimes du Futur, Mourir Peut Attendre…) ou encore, surprise surprise, Anya Taylor-Joy (Super Mario Bros – Le Film, Le Menu…) qui s’offre le caméo le plus survendu (ou le plus rentable ?) de l’histoire du cinéma (au bas mot lol).

En conclusion, malgré son esthétique visuelle et sa bande-son impressionnantes, Dune : Deuxième Partie souffre du même manque d’émotion que son prédécesseur. Bien que fidèle au style épuré de Denis Villeneuve, la mécanique de l’ensemble reste relativement très académique. Dune : Deuxième Partie peine à apporter une véritable originalité en tant qu’objet filmique car il lui manque l’essentiel, selon moi, à savoir des personnages charismatiques auxquels on peut s’attacher. Très exclusif (et excluant), Dune : Deuxième Partie sera probablement le film favori des cinéphiles « experts » qui n’en finiront plus de débattre sur X (ex-Twitter), mais je doute que la lenteur et l’absence d’humanité des personnages parviennent à toucher le grand public qui aura eu l’audace de ne pas lire les (nombreux) livres. À tenter.

