[CRITIQUE] Inherent Vice, de Paul Thomas Anderson

Compliqué, fade, laborieux… le dernier film de Paul Thomas Anderson réussit si bien à retranscrire la vision enfumées des années hippies qu’il n’en reste qu’un amas de dialogues insipides, à la frontière d’élucubrations incompréhensibles et d’inspirations psychédéliques. Coincés quelque part entre le trip planant et les essais un peu arty, Inherent Vice, c’est presque deux heures et demie perdues dans un océan de vide où des acteurs talentueux s’agitent sous la houlette d’un cinéaste d’ordinaire… extraordinaire mais qui, pour la première fois, se plante violemment.

L’Affaire SK1 : Un polar glaçant, nerveux et captivant

Haletant, horrible et captivant, le nouveau film de Frédéric Tellier revient sur l’affaire Guy Georges, à travers un film noir, glaçant et maîtrisé. A travers le point de vue judiciaire, L’Affaire SK1 met en avant une enquête tantôt nerveuse, tantôt désespérée qui va bouleverser le 36, quai des Orfèvres. Frédéric Tellier signe un film éreintant, traversé par des personnages à vif et une tension extrême qui ne lâche rien jusqu’à la dernière minute. Âmes sensibles s’abstenir, car si les images restent plus ou moins choquantes, certains propos (et un échange en particulier) peuvent sacrément perturber.

[COUP DE CŒUR] La French : Un duo impeccable dans un film excellent

Alors que la French Connection avait déjà inspiré les cinéastes outre-atlantique, il était temps qu’un réalisateur français propose sa propre version. Cédric Jimenez s’impose avec un film absolument magistral, entre polar saisissant et drame mafieux haletant. Intense et captivant, La French frôle la perfection, grâce à un scénario dense et maîtrisé, mené par un duo d’acteurs excellents et une photo vintage à la fois classe et nostalgique. Malgré une caméra-épaule trop instable et des personnages féminins peu exploités, Cédric Jimenez livre un film superbe, rythmé par une tension extrême. Bravo, merci, ENCORE !

The November Man : De l’action old school, alliant classe et glamour

Film d’action à l’ancienne, The November Man offre une intrigue simple, certes, mais divertissante et musclée, portée par un duo charismatique. En s’entourant d’un ex-James Bond et d’une ex-James Bond Girl, le film de Roger Donaldson n’évite pas la comparaison, mais réussit à trouver sa propre identité à travers un film surprenant, glamour et palpitant. Seul bémol, les ficelles sont parfois trop grosses, du coup on devine souvent les rebondissements à l’avance, ce qui crée quelques longueurs.

Elle L’adore : Sandrine Kiberlain au top dans une intrigue non maîtrisée

Légèrement pop et rafraîchissante, Elle L’Adore est une comédie policière originale dans laquelle on y retrouve une Sandrine Kiberlain franchement marrante en groupie maligne et prise au piège. Cependant, pour son premier film, Jeanne Herry ampoule un trame sympathique en ajoutant une intrigue secondaire qui n’apporte rien au film, pire, qui finit par être encombrante. Du coup, malgré un ensemble dynamique et acidulé, Elle L’Adore botte en touche à la dernière minute en bâclant la fin de façon étrange et frustrante. Dommage.

[Coup de cœur] Le Loup de Wall Street : Le cadeau de fin d’année

Un Leonardo DiCaprio immense, du politiquement incorrect jubilatoire et un rythme de fou furieux… Le Loup de Wall Street est un shot explosif d’excès assumés et décomplexés, hautement impertinent et carrément grandiose ! Martin Scorsese livre un film quasiment parfait, revisitant le mythe de Wall Street à la sauce (sexe, drogue et) rock’n’roll. Complètement délirant, tapageur et déjanté, Le Loup de Wall Street s’impose déja comme une valeur sûre en cette fin d’année, mené par un Leonardo DiCaprio déchaîné. Seul mini-bémol, le film est un peu trop long, mais la barre est placée très haut. 71 ans et plus de 40 ans de carrière plus tard, Martin Scorsese réalise un film absolument génial et d’une jeunesse époustouflante. Qui dit mieux ?

Zulu : un polar saisissant mais au final décevant

Avec une histoire haletante, menée par deux enquêteurs à vif dans une Afrique du Sud marquée par un passé douloureux, Jérôme Salle propose un polar noir et violent, au réalisme saisissant. Mais à force d’œuvrer sur tous les tableaux, Zulu s’emmêle les pinceaux avec une fin, certes superbe, mais peu cohérente avec l’ensemble du film, faisant soudainement réaliser qu’il manque un lien émotionnel entre ses personnages et l’intrigue. Dommage, c’était presque un sans faute.

Insaisissables : Comme son nom l’indique…

Louis Leterrier (Le Transporteur, Danny The Dog, L’incroyable Hulk ou encore Le Choc des Titans…) a toujours su s’entourer et il le montre une nouvelle fois dans son dernier film. Si le casting d’Insaisissables est renversant, le film se révèle être un divertissement en demi-teinte. Comme un tour de magie, Insaisissables nous bluffe avec une trame entraînante aux rebondissements multiples et surprenants pour mieux capter notre attention, mais en y regardant de plus près le film souffre d’une mise en scène un poil brouillonne, de nombreux prétextes faciles et d’un dénouement vainement compliqué et obscur. On apprécie la théâtralité du film, mais finalement Insaisissables s’oublie rapidement une fois vu, laissant un sentiment indécis… voire insaisissable.

The place beyond the pines : Mou du genou et décevant

Sombre et très prometteur, The place beyond the pines est le dernier film de Derek Cianfrance (Blue Valentine en 2010) qui se déroule en trois temps, observant le parcours de différents personnages liés par un même destin. Un triptyque tourmenté et profond, autant par sa construction narrative que par sa mise en scène et pourtant, The place beyond the pines souffre d’un manque d’équilibre déroutant entre ses trois tableaux. Non-abouti et souffrant de beaucoup de longueurs, le film n’est finalement pas le succès escompté. Heureusement, la performance des acteurs ainsi que des personnages forts réussissent à maintenir un léger intérêt nous poussant à tenir jusqu’à la fin.

Gangster Squad : Fun, fun, fun !

Décidément, Ruben Fleischer refuse de faire comme les autres et c’est une bonne nouvelle pour nous. Après l’excellent Bienvenue à Zombieland (2009) où déjà il prenait un malin plaisir à mélanger les genres – humour et horreur, ce réalisateur nous revient avec Gangster Squad, un énorme délire, fun et explosif, alliant violence et glamour dans une Amérique transfigurée des années 40, saupoudrée d’une bonne dose de second degré. Entaché par le drame survenu à Aurora en juillet 2012 (une scène de gunfight dans un cinéma a même été supprimée et remplacée), cette adaptation du livre de Paul Liebermann a souffert d’une mauvaise réception outre-atlantique, car soupçonné de faire l’apologie de la violence. C’est bien dommage qu’ils n’aient pas su voir au-delà, car avec son casting de choc et sa réalisation aussi vivante et originale, Gangster Squad dépoussière le genre qui stagnait depuis Scorsese et Coppola père, et lui donne une nouvelle dimension furieusement badass !